Ma COP21, partie 3: la révélation

PlaceToB, les multiples mobilisations parisiennes et comment j’ai entrepris de les raconter.

Oui, je sais, il ne faudrait pas mettre la partie 3 après la partie 1, mais attendre d’avoir publié la partie 2. Tout comme il ne faudrait pas se lancer dans l’écriture d’articles sans savoir où cela vous mènera. Mais en cette fin d’année, je m’autoriserai ce genre de folie – surtout que ça sert à mieux comprendre ce que j’ai pu voir à Paris.

Mais d’abord, voici le lien vers l’article ainsi qu’une photo inédite:

Comprendre, changer, ensemble
Le Paris climatique

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À l’origine, j’avais vaguement conçu ce troisième grand article comme un compte-rendu des activités à PlaceToB, complété par une interview avec un protagoniste particulièrement intéressant – j’avais pensé à Bruno Latour. Après avoir entendu ce dernier dans le contexte du premier tour des régionales, je me suis dit que son plaidoyer pour une relocalisation collait mal avec mon expérience cosmopolite parisienne.

Je me suis orienté ensuite vers un article entièrement consacré au projet PlaceToB. J’ai prévu alors un entretien avec Anne-Sophie Novel ou Nicolas Bienvenu ou les deux. Selon les propos recueillis, j’aurais opté pour une publication sous forme d’interview ou d’article avec de nombreuses citations. Cela ne s’est pas fait. Je me suis alors retrouvé avec un plan d’interview, pouvant servir de colonne vertébrale pour un article – mais sans avoir la matière vivante pour l’étoffer. Au mieux, cela aurait donné un feature sur base des nombreux textes publiés par PlaceToB, entrecoupé de quelques épisodes personnels.

PlaceToB, au coeur du Paris climatique

Or, j’avais beaucoup plus à raconter: les expériences parisiennes en dehors de PlaceToB, notamment quelques expos visitées après mon article sur les résultats de la COP21 et avant mon retour au Luxembourg. Et surtout, je le sentais dans mon subconscient, j’avais une exploration intellectuelle à raconter.

Je me suis donc lancé dans un article général sur la COP21 hors des murs du Bourget. Sans plan précis, à vrai dire, et en adoptant un ton assez personnel. J’avais quatre pages à ma disposition – j’ai donc pris la place pour bien raconter ce qui m’importait. Quatre pages à remplir en très peu de temps – j’ai donc dû faire des choix assez spontanés parmi mes notes. Au départ, j’avais l’idée d’un crescendo sentir-penser-agir. À la fin, c’est devenu quelque chose comme: sentir, penser, prendre conscience, discuter, dépasser la discussion technique, “Imagine”.

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M… Hier il y avait encore une station d’essence par ici… (Guy Stoos)

La partie sur les ours polaires (sentir-penser) était-elle indispensable? Ai-je bien rendu la fascination qui émanait du projet du Bureau of Linguistical Reality (prendre conscience)? Ce dont je suis satisfait, c’est d’une part le ton de l’article, qui convient à ce type d’exploration subjective et apparemment désordonnée. Et le glissement – plus subi que voulu – vers cette constellation magique de Sebastião Salgado, Charles Eisenstein et John Lennon. Après ce fortissimo, le paragraphe final, qui renoue avec l’introduction, constitue le petit clin d’oeil qui évite de faire trop dans le pathétique.

La plupart de mes articles, je les écris sur des sujets que je maîtrise, avec un plan solide. Ce qui n’exclut pas d’améliorer la structure de l’article par la suite, bien au contraire – on n’improvise jamais mieux que quand on a un plan. Mais parfois, comme avec cet article sur les mobilisations autour de la COP21, il faut se jeter à l’eau. Certes, le résultat est moins rigoureusement structuré, et j’ai parfois du mal à exprimer clairement mes idées et mes émotions. Mais écrire pendant que le sujet se révèle petit à petit, c’est aussi ouvrir des portes vers de nouveaux récits – pour moi-même et, je l’espère, aussi pour les lecteurs et lectrices.

Ma COP21, partie 1 : les négociations

Sept jours d’enquête, deux jours au Bourget, un et demi d’écriture intense. Le résultat : une entrée diary, trois articles woxx, nombreuses photos, un projet COP36 en cours.

Le premier article, sur le Village mondial des alternatives, a été publié en Web exclusive en début de semaine.

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J’ai réutilisé certains éléments pour le grand article sur les mobilisations citoyennes.

Au Bourget et ailleurs

Le rap de Mali Karma fait office de pivot entre la description et l’analyse dans le premier article, de pivot entre société civile et négociations officielles dans le deuxième, une fresque des mobilisations citoyennes.

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Le troisième article est basé sur trois interviews prolongées au Bourget, même si les citations sont assez brèves. Les informations recueillies me serviront lors de l’analyse de l’accord final à venir.

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La plupart des photos a été publiée sur Facebook, avec beaucoup d’autres posts.

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Journalisme narratif, façon PlaceToB

Enfin, les flash news de la COP36 représentent une tentative de raconter les discussions actuelles à travers une vision (positive) de l’avenir, dans l’esprit PlaceToB. Ce projet a été un cadre très propice à un travail engagé et créatif.

some COP36 entries

(Projet en cours)

La différenciation, enfin au service du climat !

Une des grandes percées de la COP36 à Paris a été la formalisation du concept de différenciation.

Rappelons que dans la convention-cadre des Nations unies sur le climat (UNFCCC) originale de 1992, les signataires s’étaient engagés à lutter contre le changement climatique « selon leurs responsabilités communes mais différenciées, leurs capacités respectives et leur situation sociale et économique ». L’idée étant que les pays industrialisés du Nord devaient leur richesse à 150 ans d’émissions de CO2 sans restriction et demeuraient les plus gros émetteurs. À eux donc de faire un gros effort de réduction, et de contribuer financièrement au développement vert des pays en voie de développement du Sud.

Pays émergents et climat

Par après, le monde a changé. Un pays comme la Chine s’est mis à « rattraper son retard » en termes d’émissions accumulées. Par ailleurs, de nombreux pays du Sud ont entre-temps acquis une puissance économique qui leur permet de financer eux-mêmes des projets verts, même dans d’autres pays. Il faudrait donc revoir la répartition dichotomique des pays datant de 1992, ont insisté les pays du Nord. Ainsi, lors de la COP21, qui avait également lieu à Paris en 2015, le concept de différenciation avait constitué une des grandes pommes de discorde, et son application concrète avait finalement été laissée dans le flou.

Comparaison des indicateurs cllimatiques en 2010 (World Resources Institute)

Comparaison des indicateurs cllimatiques en 2010 (World Resources Institute)

À la suite d’une décennie de tractations, la Chine a finalement accepté un traitement particulier. Elle s’est engagée en 2027 à parachever sa sortie des énergies fossiles au plus dix ans après les anciens pays industrialisés – cette date devant être calculée comme une moyenne pondérée. L’Inde, qui a fait le forcing sur l’énergie solaire, a alors embrayé le pas. Il ne restait plus que la Russie, ancien pays industrialisé, qui traînait les pieds et s’opposait à une solution formalisée.

Au-delà du Green Climate Fund

C’est la création, à l’initiative de la Pologne et du Venezuela, d’un « Fonds vert de restructuration », complémentaire du « Green Climate Fund », qui a permis de débloquer la situation.

Désormais, dans les pays industrialisés et émergents, les régions et secteurs particulièrement touchés par la transition énergétique peuvent également bénéficier d’aides financières internationales. En contrepartie, l’ensemble de ces pays se sont engagés à sortir des énergies fossiles avant 2042 – sachant que la plupart des anciens pays industrialisés prévoient d’y arriver bien avant 2035.

Champagne_tower - ori2uru _ Flickr _ CC-BY 2.0

“Champagne Tower” aux pieds du Eiffel Tower ! (Photo: ori2uru / Flickr / CC-BY 2.0)

Quant aux pays en voie de développement proprement dits, en vertu de cette nouvelle différenciation, ils auraient en principe jusqu’en 2052 pour passer entièrement aux énergies renouvelables. Cependant, vu la dynamique prise par les innovations technologiques au service du développement, on s’attend à une sortie beaucoup plus rapide presque partout.

Tout cela signifie qu’à l’issue de la COP36, l’accroissement des températures pourra très probablement être maintenu en-dessous de 1,5 degrés. Champagne !