Ecriture: traiter et raconter

Cette semaine, j’ai traité dans le woxx le sujet de la médecine chinoise. Un peu exténué, comme tous les jeudis soirs, j’ai feuilleté mon gros recueil sur 25 siècles de reportages. J’ai lu plusieurs textes de suite – le style était en général celui du récit (même fictif, quand c’est Defoe qui parle de la peste comme un adulte alors qu’il n’avait que 5 ans quand elle a ravagé Londres). Très loin du style reportage comme il est enseigné par les maîtres allemands. Ceux-ci privilégient un style très “en direct”, avec conversations et témoignages, utilisant les descriptions pour mettre le lecteur dans le bain – et souvent avec des mises en contexte impersonnelles qui ressemblent à ce qu’on fait dans les articles normaux. Comme dans le mien sur la médecine chinoise, où la seule “folie” que je me suis permise a été de nommer deux personnes rien qu’avec leurs prénoms, afin de faire transparaître qu’il s’agit d’amis.

Cuisine occidentale, cuisine chinoise, en Chine j’ai pu goûter aux deux.

Cuisine occidentale, cuisine chinoise, en Chine j’ai pu goûter aux deux.

J’aurais aussi pu raconter comment, après les cours de chinois, quand Anne-Marie me ramenait en voiture, elle me conseillait des remèdes chinois contre le refroidissement, ou me parlait de son expérience. Moi, je restais sceptique, comme je l’ai toujours été par rapport aux médecines “alternatives”. Mais le trajet était trop court, on n’a jamais approfondi le sujet.

Mon scepticisme n’est pas dû au fait que je serais un défenseur de la médecine classique, mais à ce que les modèles théoriques de ces médecines n’ont en général rien d’alternatif au sens où je l’entends. Ces modèles sont souvent encore plus obsédés par la systématisation et la rationalisation que la science orthodoxe. De surcroît – pour se donner un air de sérieux ou pour satisfaire au besoin d’ordre naturel, même quand il s’agit de magie ou de spiritualité – ils laissent bien peu de place au facteur humain, à l’incertitude inhérente aux choses vivantes et au sentiment que l’individu humain est pris dans un tissu de vécu social et corporel qui ne se prête pas à la dissection.

L’art de découper le canard. En Chine, cuisine rime avec médecine, mais de là à essayer la TCM ... Mes doutes dissipés, je m’y mettrai sans doute.

L’art de découper le canard. En Chine, cuisine rime avec médecine, mais de là à essayer la TCM … Mes doutes dissipés, je m’y mettrai sans doute.

J’aurais pu raconter comment, lors de cette soirée à l’ambassade du Luxembourg à Pékin, Xavier a commencé à me parler de son expérience frustrante avec les études de médecine chinoise et de son projet d’organiser une conférence au Luxembourg. C’était déjà le printemps, on se tenait sur la terrasse, avec vue sur le jardin dans la grande cour intérieure. La plupart des invités étaient partis, et, comme d’habitude, le groupe des étudiants luxembourgeois à Pékin, ainsi que l’ambassadeur, sa femme, et ses enfants restaient à discuter ou à jouer. Je crois que j’ai essayé d’expliquer gentiment à Xavier que je m’intéressais à la médecine chinoise en tant que partie de la culture chinoise, mais que je m’en méfiais en tant que médecine. J’ai donc été agréablement surpris quand j’ai compris que les théoriciens avec lesquels il avait retrouvé son goût de la médecine étaient précisément ceux qui ne se satisfaisaient pas de mystérieux flux d’énergie et d’une systématisation basée sur les cinq éléments (trois chez les anthroposophes, je crois ;-). Et qu’on avait – en partie – trouvé des explications scientifiques aux effets bénéfiques provoqués par l’acupuncture, des explications articulées dans le cadre de notre savoir sur la constitution biologique du corps humain. Sachant que j’allais rentrer bientôt – je crois que c’était mon dernier soir à l’ambassade – , je lui ai demandé de me prévenir à l’avance de la date de la conférence. J’avais décidé de profiter de cette occasion pour commencer à investir le sujet de manière journalistique.

C’est fait. Il y aura d’autres occasions. Mais cette idée de raconter plutôt que de “traiter” ne me lâchera pas non plus.

Superbe couverture pour mon premier article sur la médecine traditionnelle chinoise.

Superbe couverture pour mon premier article sur la médecine traditionnelle chinoise.

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